Rechercher dans ce blog
Affichage des articles dont le libellé est Albums. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Albums. Afficher tous les articles
1.08.2013
Aliaskeez - Vices & Vertus
Après vous avoir présenté les deux patates de mon gars sûr Nefast aka Aliaskeez il y a peu (juste ici), et après avoir écouté avec attention et plaisir "Vices & Vertus", il est temps de passer en revu ce projet à mi-chemin entre EP et album.
Le Skeez a un flow ruff et carré, déterminé et libertaire dans sa verve, le bonhomme s'est façonné à travers la dernière décennie, approchant la trentaine, c'est d'un œil mûr qu'il observe son environnement. Reporter urbain aux narines aiguisées, détective des nuits parisiennes à l'humour cinglant, boug vieillissant à la parole sage, cabochard aux histoires sombres, le Skeez a une palette d'alias faisant de lui un MC versatile. C'est pourquoi vous retrouverez dans ce "Vices & Vertus" un rap hétéroclite aux orientations multiples. Il y en a pour tous les goûts donc, notamment avec des morceaux conscients et visant la rue. Qu'ils possèdent des relents old-school ("Scarla, Vif & Scientifique") ou qu'ils s'apparentent à l'underground actuel ("It's On", "Service contentieux", "Clair & Nègre"), le Skeez y met du cœur, l'effort est intense et s'étend volontairement sur une courte durée, une mise en bouche au cours de laquelle il convie la famille (Theorhetoric, 100zek, Noledj, Antrass). Il se fait plaisir en déployant une versatilité plaisante, offrant des morceaux percutants s'adressant à un auditoire plus actuel ("Lutèce" et ses dernières lignes complètement impactantes "tes chances sont microscopiques, tout doit se vérifier, devant la vérité tes mitos s'compliquent", "Sky & Fines Herbes" / shout out au homie 8TM pour ces deux prods). Concluant est le projet, poignante est la conclusion, car c'est un Skeez aux paroles évocatrices qui propose une échappée introspective en fin de course ("Impasse Des Imprévus" et sa petite voix pitchée - I'll be waitin' for this...- qui met direct dans le bain), le passé parle, son vécu nous apostrophe, dévoilant indirectement une once de son personnage principal, celui qui s'impose au milieu de ces entités et autres alias faisant du Skeez un bonhomme complexe et complet.
Offrant-là un album qui prime de par les risques pris et sa criante qualité dans l'indépendance la plus totale, on attend désormais du Skeez un projet plus long, plus solide, sûrement plus ouvert au grand public mais cela fait partie des sacrifices nécessaires et, au-dessus de tout, on lui souhaite une réussite amplement méritée.
"Impasse des imprévus boy tu sais d'où l'on vient, une chanson douce pour vaincre et chasser les doutes en vain, j'arpente la ville sans tenants ni aboutissants, j'apprends de la vie en trainant et en m'abrutissant..."
Aliaskeez - Vices & Vertus (Many Vectorz / LIBRE TÉLÉCHARGEMENT, un clique ICI)
12.04.2012
VA - Saturn Day 1
Alors qu’une nouvelle ère s’empare de nos tympans, au
confluant des sonorités du troisième millénaire, La Choperie vous présente son
premier projet musical avec ce « Saturn Day 1 » en libre
téléchargement.
Ne cherchons pas à enclaver les tracks de nos chers
instigateurs, chacun donne ici sa définition d’une musique profonde et
atmosphérique. Qu’ils aient en tête la sensation que procure une ride
étincelante, où luminaires et flux sinueux du périph et des grandes artères
parisiennes viennent troubler l’opaque obscurité de la nuit, qu’ils aient en
eux la réminiscence des effluves de whisky, un verre en main se vidant peu à
peu, qui tour à tour engage le dialogue avec un stick crépitant et autres
substances plus ou moins licites, ces images foncièrement évocatrices ont pour
trait commun d’inspirer une musique hybride au futurisme ancré.
Alors que feu J Dilla instaurait une acoustique paradoxale
aux rythmiques acerbes et aux nappes sonores planantes, deux décennies plus
tard, entre beats massifs et légèreté de l’instrumentation, cet héritage prend
une nouvelle forme et atteint son paroxysme.
Les influences trap et wonky rivalisent avec des samples
décomplexés, kicks proéminents et avalanches de hihats se superposent avec
justesse, en confrontation avec des subs gonflés à la testostérone ou en
corrélation avec un vocal bien senti, c’est à travers ce projet expérimental
que notre équipe de beatmakers déploie une palette de skills bien garnie.
Que nous parlions d’inspiration bass, screw ou booty, aisé est
celui qui comprendra cette relation très physique entre la musique analogique
et l’écho d’une TR-808. De Detroit à Miami, en passant par Houston, là où
certains puristes verront une fracture, d’autres, moins rigides, de surcroît
plus ouverts, comprendront la démarche, et entreront dans notre matrice
avant-gardiste. Sans nous positionner comme précurseurs, nous avons le mérite
d’apporter des éléments nouveaux dans le paysage actuel, chose face à laquelle
il semble difficile de rester insensible.
Que l’on parte d’un schéma déstructuré ou au contraire très
cadré, que l’on s’adresse aux clubs ou à un environnement moins chahuteur, ces
quelques trublions de la beatscene parisienne ont de beaux jours devant eux, et
ce « Saturn Day 1 » en est le postulat le plus certain.
La famille est bien plus grande que vous ne pouvez
l’imaginer, et sur ce premier épisode, Worse, Eighty M, Juno Akasawa, Kepo et L
Rey contribuent avec brio à l’élévation d’une démarche qui manque encore
cruellement d’activistes.
VA - Saturn Day 1 (SD001 / Free download here)
6.20.2012
Perrion x Myth Syzer - From Paris With Love
Planning trop chargé sur les webzines et donc non publiée par la suite car trop datée, je l'avais oubliée quelque part dans mes dossiers, elle dormait entre une lettre de motivation et un dossier de presse, certes elle arrive tardivement mais je me devais de la partager, check it out!
Perrion, natif de Washington
Heights, le sourire en coin, un petit air moqueur, une voix teintée par les
rayons de son environnement, un temps rigolard, on le retrouve l’instant
d’après avec ce flow accrocheur, la voix pas tout à fait mûre mais déjà emplie
d’une expérience au parcours chargé. De la maturité il n’en manque pas, du haut
de ses 21 ans il a déjà connu les déboires d’un deal en major, cela lui
permettra, on l’espère, de garder une emprise maximale sur son univers musical et
surtout de maintenir sa tête au frigo le plus longtemps possible (combien en
a-t-on vu se brûler les ailes ?), et ce, malgré un succès proéminent.
Sa voix, il la pose à merveille, la pousse à hauteur des
monts, il crache, spit ses lignes
comme un affamé, l’air de dire que le rap a encore de beaux jours devant lui,
c’est un peu un personnage vermeil qui se présente sous un angle et arrive
quand même à te la faire à l’envers, taquin envers et contre tous. New-Yorkais,
il l’est jusque dans les os, il le clame avec fierté et ce n’est pas faute
d’avoir voyagé (il a vécu une année à Atlanta), c’est juste sa manière à lui de
déclarer une grande ferveur pour son hometown,
n’oublions pas cette notion de représentation, perdue un temps, elle refait
surface à grand pas.
« From Paris
With Love », petit clin d’œil à Paris, ville qui l’a accueillie le temps
de checker l''équipe de Poyz&Pirlz, tourner quelques vidéos, prendre des clichés sympas dans la plus belle
capitale du monde, promouvoir sa tape et
poser sa signature sur des skeuds et tees lors d’un apéro chez Qhuit. On aurait
aussi pu y trouver un « From Perry With Love », car ce jeune MC a
bien fait cela dans le but de partager ses amours et ses rancunes, ses désirs
et ses histoires cocasses.
Perrion, c’est 3 mixtapes (« Le Bourgeon », « Perception »,
« Circuit Breaker ») réalisées avant cette connexion avec le homie Myth Syzer. On l’avait vu
s’épanouir davantage en ridant la chillwave
sur son dernier projet « Circuit Breaker », tape qui aura permis au gamin de se
faire entendre dans les avenues de son Harlem
natal. Tout ça n’a que du bon et lui accorde un crédit supplémentaire, avec un
horizon d’avance. En parlant d’avance, c’est probablement l’un des rares de sa génération qui a su saisir l’opportunité
d’une collaboration longue distance, certes le net facilite les échanges, mais
il faut avoir en tête certains enjeux pour comprendre l’intérêt de ce partage
sonore entre une langue bien pendue et une tête pensante séparées par
l’Atlantique.
Le jeune Perry ne nous surprend même pas à vrai dire. En
étant un peu perspicace, on sait déjà à quoi s’attendre, néanmoins, sa force
réside dans le fait de nous conter son way
of life quotidien de gamin d’Harlem
comme il y en a tant d’autres, « Chillin’
in the Heights with the crew sippin Heinis’, Skating and eating Iceys… Yummm »,
c’est à cet instant précis que Perrion prend tout son sens, synonyme de
fraîcheur et d’énergie, cette dernière est si communicative qu’on en redemande,
vite et en quantité s’il vous plaît !
Comme il nous l’explique lui-même : « I made “Gettin’ It”, with the help of Myth
Syzer, to bring that old shit back. Bring that “you better know who the fuck I
am” feel back ».
En effet, avec la précieuse aide du jeune beatmaker parisien, Perrion peut
s’exprimer comme bon lui semble et délivrer un projet dans l’air du temps tout
en s’accaparant une vibe des plus ruff. Cette similitude des états d’esprits
et leurs âges rapprochés sont des pièces fortes dans la cohérence globale de la
tape. Lorsqu’un rappeur et son beatmaker
s’entendent, se comprennent et tissent un lien particulier autour d’un projet,
on obtient un rendu dégageant une forme d’osmose unique.
Le membre de la H.O.M.E Team (via Perrion) et du crew Bon Gamin, aime se définir tel un
« sculpteur d’univers » à ne pas confondre avec un sculpteur
d’billetsverts. On n’est donc pas si loin de certains producteurs US quant à
l’optique et l’attitude adoptées, le ton est donné, les rythmiques ne sont pas
sans nous rappeler Dilla à l’écoute
de ces kicks et drums bien saccadés, dans la déstructuration Myth Syzer trouve
son harmonie, on approche l’expérimental et l’abstract sur certaines prods tout
en gardant cette alternative qui nous envoie par moments des nappes sonores
bien spatiales. Qui dit beatmaker new
generation dit bidouillage en règle, on découvre chez Myth Syzer un esprit geek aussi vaste que son imaginaire,
ouvrant grand la porte à l’hémisphère électronique, intrusion dans la chambre
forte du hip-hop qui finira d’appuyer une thèse grandement ponctuée par un
nombre de projets grandissant, les frontières sont floues, comme gommées, et on
en remercie les instigateurs.
« Let’s get high
nigguh… ! »
Perrion x Myth Syzer - From Paris With Love (H.O.M.E. / High Off Music / Poyz&Pirlz)
4.06.2012
Moomin - The Story About You
Moomin, c'est un peu la weapon of mass destruction couplée au best kept secret, comprenez-là qu'il a pondu dans le quasi-anonymat l'un des plus beaux albums deep house de 2011 . On aborde une house allemande, de Hambourg plus précisément, la finesse est de mise donc (et oui "Allemagne" n'implique pas forcément "bourrin"), tout comme la qualité de production de la maison Smallville est des plus respectable .
Les caractéristiques de cet album paraissent évidentes, la clarté, la facilité à gérer les espaces sonores, à immiscer au bon moment une nappe infime qui se glissera au-dessus de la précédente sans que l'oreille s'en aperçoive et qui, pourtant, marquera un sursaut d'orgueil, un battement posant la réflexion, une boucle un tantinet nostalgique et mélodique à souhait jouissant d'une profondeur regorgeant de force . Chaque morceau respire la maîtrise et le calme, à croire que tout est dosé avec la plus grande minutie, comme si le créateur n'avait été dépassé un seul instant par ses compositions .
On réalise la prouesse une fois venu au terme de cet amas de samples soigneusement découpés, de cette source jaillissante, parfois régulée pour donner le ton, parfois exploitée de manière à pousser ce regain d'amour que l'on pensait loin derrière nous . La ballade est fabuleuse, d'une traite on est transporté dans les temps d'un passé proche, on se surprend à projeter sur notre toile quelques vagues rêveries, réacteur d'intrigues éphémères, de songes disparus, le plus beau cadeau qu'il pouvait nous offrir pour clôturer une année et entamer un hiver, la cohérence n'est finalement pas à expliquer, elle nous absorbe .
Moomin - Valentine by Kiarism
On retrouvait Moomin en février chez Laid pour une track dont lui seul à le secret sur la compilation "Laidrec 016", à écouter ici .
Moomin - The Story About You (Smallville Records / SMALLVILLELP04 / Out now)
2.10.2012
Slum Village - Fantastic Vol. 2
Slum Village est une formation composée de J. Dilla, beatmaker/MC, ainsi que des rappeurs T3 et Baatin .
Leur carrière s’installe avec « Fan-Tas-Tic Vol. 1 » qui paraît en 1996 en tant que bootleg disséminé dans les rues de Detroit, cet album aura droit à une sortie officielle en 2005 chez Counterflow suite à sa réédition . Cela nous amène à dire que « Fantastic Vol. 2 » est d’une certaine manière le premier album, imposant les fondements du groupe de la Motor City . Ce second volume paraît en 2000 chez Goodvibe Recordings/Barak Recordings alors que le groupe a quitté A&M après avoir rencontré des problèmes avec ce label .
Si l’on part d’un regard moins centralisé sur la grande personne de J. Dilla, plus en recul donc, et se réclamant d’une vision globale, Slum Village paraît comme un brasier sous contrôle . Entre justesse et relâchement lors de refrains plus poussifs (« Conant Garden »), pour ne pas dire agressifs, ou lors de verses salaces et rêveurs (« Climax (Girl Shit) »), voire schizo (Baatin était bien entamé qu’on se le dise), s’émoustillant sur le pur plan musical (« Fall In Love »), s’amourachant de la première donzelle croisée ( « 2U4U »), le tout était délivré sur des beats aux bases rugueuses et corrosives, escortés de claps qui inconsciemment nous font ressembler à ces bobbleheaders .
L’approche peut sembler trivial, pourtant une telle finesse se dégage de cet album, non pas au travers des thèmes abordés qui demeurent basiques (sexe, egotrip, emceing, everyday life), mais de par la composition et les arrangements qui dès la première approche embarquent tout client potentiel sur un kick entêtant pour le voir fermer les yeux, finissant par omettre la percussion en se laissant transcender par des pellicules qui résonnent d’accalmie .
Et si c’était le seul album de Slum Village ? Non je ne suis pas fou, je connais d’ailleurs la discographie de ce groupe sur le bout des tympans . J’entends par là qu’après fine analyse du rôle charnière de Dilla nous pouvons remarquer une production assidue, le type se chargeant entièrement de la mise en son des deux volumes de « Fantastic » . Néanmoins, le premier est un bootleg, au mieux une réédition, et sur le troisième et dernier essai de cette formation (oui, Slum Village n’est plus lui-même après « Trinity », J. Dilla quitte le groupe pour laisser sa place à Elzhi), il ne produit que trois morceaux . Dans cette optique, ce « Fantastic Vol. 2 » devient la pierre angulaire du groupe, isolant une dimension symbolique via l’avènement d’un genre musical, genre issu des entrailles d’un précurseur, germe d’un esprit torturé, fondement imperturbable qui reflètera éternellement la mouvance issue de Conant Garden .
Slum Village invite la famille sur ce « Fantastic Vol. 2 », l’entourage est de qualité, les trois larrons de Conant Gardent ne souhaitant pas d’accompagnements superflus . On y retrouve Q-Tip (anciennement aux côtés de Dilla au sein du collectif The Hummah), Busta Rhymes, Common, Kurupt, D’Angelo qui produit la track sur laquelle il pose, ce qui est également le cas de Pete Rock, enfin Jazzy Jeff vient disposer allègrement quelques scratchs .
Il se dégage de cet album une forme d’évidence, J. Dilla en métronome, comme pour tempérer la vélocité de ses deux homies restant à jamais tributaires de l’atmosphère mise en place par cet homme qui taillait sa musique tel un minéral brut .
Nul besoin d’entamer une review track by track . La cohérence de ce « Fantastic Vol. 2 » parle d’elle-même, pièce indispensable au sein de la collection de tout amateur de hip-hop un tant soit peu intéressé, un classique plus dans le fond que dans la forme, si l’on prend en compte les disparités ressenties dans les rôles des principaux intervenants, offrant cependant à l’auditeur, le temps d’un album, cette magie qui semble sonner si vraie, it’s like a dream’s comes true .
Slum Village - Fantastic Vol. 2 (Barak Recordings / 2000)
11.09.2011
fLako - Carving Away The Clay (EP)
Beatmaker d'origine chilienne résidant entre Londres et Berlin, fLako n'a cessé de prendre du galon avec son abstraktwonkyjazzysoulfullhip-hop, enchaînant les projets de grande classe . Il revient avec un EP instrumental comme il sait nous les concocter, avec pour seul accompagnement le chanteur Dirg Gerner qui vient poser sa voix de velour sur un titre .
Après avoir fait parler de lui en contribuant à la réalisation de tracks et remixes sur des labels tels que Brownswood, Eglo, Error Broadcast, Tokyo Dawn, BBE, ou encore Ghostly International, il lâche "The First Spaceshit On The Moon" en 2009, remixé début 2010 pour devenir "The First Space : Kit On The Moon" qui comblera tous ceux qui rêvaient de voir des mecs posés sur les instrumentaux de ce premier album . Son nom s'accompagne d'une touche bien particulière faisant l'unanimité, dans l'euphorie sa carrière prend de l'ampleur, il récidive avec un premier EP, "Mini-Tolbooth", suivront "The Mesektet" et "Pearls" en collaboration avec le rappeur Noir . On l'a vu sur le retour cet été via la compilation "Finest Ego : United Kingdom / Ireland" avec une perle ("Blurry Dream") dont il a le secret de production . Cet extrait plus qu'appétissant laissait prétendre au mieux, et fLako est revenu avec mieux, en ce "Carving Away The Clay" d'une finesse et d'une beauté rare . Ici rien de cosmique, de stellaire ou de galactique, juste un voyage dans une sphère sans nom, bienvenu dans l'univers de fLako où l'abstraction laisse place à des notes qui vous maintiendront bouche bée .
fLako - Carving Away The Clay (EP) (Project Mooncircle / In stores now) .
Black Milk & Danny Brown - Black & Brown (EP)
Black Milk, producteur d'un indie-rap inspiré et rappeur qui n'a cessé d'affiner sa prose, a su conserver voire même raviver une flamme à Detroit . C'est d'abord au sein du collectif BR Gunna qu'il entame sa formation de digne héritier du trône que laissera vacant feu J. Dilla . Sans être spécialement préparé à ses nouvelles fonctions il rehausse le niveau à chaque projet, élargissant son champ d'action jusqu'à collaborer avec Bishop Lamont sur "Caltroit", premier projet lui accordant une notoriété plus conséquente . Pour ma part j'ai découvert la touche du garçon sur "Reunion", track qui figure sur le "Detroit Deli" de Slum Village, venant clôturer l'album de la plus belle manière qui soit . On ressent déjà cette prenante mélancolie trouvant ses limites aux côtés des drums qui cloisonnent une possible envolée, venant rappeler à chacun une sensation brute et pesante qui planera toujours au dessus de la Motor City . Black Milk se lance dans une première traversée en solitaire avec "Tronic", puis débarque avec une seconde fournée, "Album Of The Year", qui reçoit en 2010 une excellente critique . Chaque album pèse et comprend son lot de tueries, il en impose sur un "Losing Out" en compagnie de Royce Da 5'9" et continue son bonhomme de chemin avec "Deadly Medley" sur lequel vient s'ajouter Elzhi aux deux gaillards précités . C'est néanmoins à une autre piste de ce dernier album qu'il faut accorder un intérêt particulier . On y découvre un newcommer tout à fait inhabituel sur le paysage de Detroit en la personne de Danny Brown pour une connexion folle dont résultera, à terme, ce dernier EP . "Black & Brown" est né, union intemporelle, le temps d'un son d'abord sur "Album Of The Year" .
Comment amorcer la chose avec ce Danny Brown ? Très simple, Sean Price a dit à son propos "He's the only guy with skinny jeans I shouldnt knock out", montrant tout le respect de cet ancien de Brownsville, NY . Oui aurais-je dû le rappeler, Danny Brown c'est ce type un peu spécial, qui met des pants plus slim qu'un cheap monday, s'affublant de cette coiffure hors du commun . Il a su se créer un personnage pour obtenir une image de marque, créer un buzz, c'est un peu comme si un teenager passionné de grunge avait pris le contrôle du corps d'un renoi de Detroit totalement barré . 50 Cents voulait le signer, mais il ne l'a pas fait à cause de cette fameuse dégaine, ohhh ça te dérangeait, ah bon ? A l'heure qu'il est il doit s'en mordre les doigts ahah . Pour en revenir à Danny Brown, le mec a mis tout le monde d'accord à la rentrée dernière notammant grâce à la track "Greatest Rapper Ever" qui annonçait la couleur d'entrée de jeu sur "The Hybrid", période où, visiblement, il ne prenait pas le temps de chouchouter sa folle mèche . Il réhitère la performance avec "Monopoly" (Prod. by Quelle Chris) (" The hybrid smokin' on papayas, That give you niggas bronchitis, What you write is all vagina, What I write is wall of china" ) sur "XXX", dernière tape parue chez Fool's Gold où il a récemment signé .
Bref, d'un côté nous avons l'un des producteurs les plus prolifique de Detroit, de l'autre côté un mec qui est considéré par certains comme le MC le plus chaud de la région depuis Eminem, pour une collaboration éclaire le temps d'un EP ma foi très court (un peu plus de 20 minutes) . Des samples découpés au millimètre, la brutalité qui s'échappe des beats et la texture épurée n'empêchant pas l'effervescence, on célèbre là les histoires d'une communautée et d'une ville, Black & Brown viennent nous montrer comment les choses se passent aux alentours de chez eux, il y a quelque chose de vivant en leur musique, les voix pitchées qui surgissent entre deux notes sordides, un scratch bien câlé, des titres tous aussi efficaces où chacun s'accorde un verse .
Après une écoute prolongée de cet EP certains ont dit "enfin du bon hip-hop en 2011", tenir de tels propos pourrait être apparanté à un manque de discernement vis-à-vis du travail que délivre les autres MC's, mais qu'on se le dise, les mecs ont placé la barre très haut, et maintenant on n'a qu'une envie, les voir taper le grand plongeon vers un full-length album .
“Ayo, Long awaited, Debated, But fuck it here we are brah, Here to save the game just like memory card"
Black Milk and Danny Brown - Black and Brown EP by BLACK MILK
Black Milk & Danny Brown - Black & Brown (Fat Beats Records / In Stores Now) .
11.02.2011
A$AP Rocky - LiveLoveA$AP (Mixtape)

Le 31 octobre, "LiveLoveA$AP" est née !
A$AP (pour Accumulate Status And Power) est originaire de Harlem, NY, et a donc été bercé par les grands noms de ce quartier, de Big L à Kool Moe Dee, en passant par Ma$e ou encore Cam'ron . Il a néanmoins été apparenté plus récemment à Max B, mais ce dernier est en prison en ce moment, alors restons focus sur A$AP, celui qui a donné un nom à ce blog ou plutôt celui qui lâche des phases mythiques sur "Peso" ("Rollin' blunts, rollin' doobies up, smokin section, Groopies rush, holdin' boobies up, in my direction") .
Qui d'autre que lui a affolé la planète avec une première tape ("Deep Purple"), qui d'autre que lui transcende une critique unanime sans en avoir rien à foutre de personne? Hmm, laissez-moi réfléchir... pas grand monde . Bientôt quiconque se l'arrachera, certains l'ont déjà compris à l'image de ce "4 Loko" où il vient prêter main forte à Smoke DZA sur un refrain malade .
Des synthés fous, des rythmiques meurtrières, un flow incendiaire pour un enchaînement de bangers . A$AP Rocky a su taffer une recette gagnante, relatant une musique simultanément sur deux fronts, d'une part orientée vers les clubs et d'autre part représentative d'un esprit des rues d'Harlem . La petite touche qui aura donné sa consécration au garçon est sans aucun doute ce savant mélange de grosses phases screw sur des beats dont les BPM n'ont pas été ralentis, l'alchimie rayonne, personne n'aurait imaginé qu'un projet du genre tiendrait la route, mais l'auto-proclamé "Harlem'sPrettyMotherFucker" a réussi là où bon nombre ont échoué . Il se joue des codes et les codes le lui rendent bien, porter un tee "FUCK SWAG" dans le clip de "Purple Swag" était une idée de génie, (il revient là avec un "Chapter II" qui comblera les inconditionnels), bref soyez-en sûr, A$AP a su ramener une vague de fraicheur sur la big apple et cette mixture qui envoie vers des sommets risque de squatter nos encéphales encore longtemps .
Côté collaboration, on doit la majeure partie des beats à une équipe de producteurs variée, Clams Casino, qui suit le jeune rappeur harlémite depuis ses débuts, revient avec le monstrueux "Bass", en heavy rotation chez pas mal de monde, et un "Leaf" très inspiré, bien plus introspectif . The Olympicks, Ty Beats ou encore Beautiful Lou complète la liste. L'apparition qui nous laisse de marbre demeure en la personne de Soufein 3000, français basé à Lille, apportant une surprenante contribution sur "Get Lit" et "Acid Drip" . Peu d'invités figures sur la liste si ce n'est quelques éléments du crew A$AP, on notera les présences de Chace Infinite moitié de Self Scientific sur "Keep It G" et du black hippy Schoolboy Q sur un "Brand New Guy" pour une deep connexion comme on les aime .
Le type est de nouveau en studio (s'est-il arrêté même?), aperçu aux côtés d'Araab muzik (here) .
"LiveLoveA$AP", mixtape plus qu'officielle aux allures d'album, est de surcroît LA sortie à ne pas rater, word .
"I get so high, I touch the sky 'till i can't even function.."
A$AP Rocky - LiveLoveA$AP (In stores now) (Free download here)
9.27.2011
Cities Aviv - Digital Lows
Cities Aviv ou Gavin Mays de son vrai nom est originaire de Memphis, il rap depuis sa tendre enfance et, du haut de ses 25 ans, porte également la casquette de producteur . "Digital Lows" est le premier album concret qu'il réalise, celui-ci sort en mai 2011 et précède 3 autres projets qui paraissent aux compte-goutte entre juillet et septembre de cette même année .
Vous vous dîtes sûrement "Memphis, okay encore un de ces rappeur un peu psyché, violent, qui tend vers l'horrorcore, traitant des thèmes tels quel l'enfer ou la cave, les shake junts et autres histoires de dope", mais rassurez-vous rien de tout ça (ou à dose minime) n'apparaît sur ce "Digital Lows" . Gavin Mays a visiblement d'autres ambitions et projets, gommant la barrière des genres, s'accoutumant à une musique plus ouverte et non refermée sur une unique scène locale . Ses origines sudistes ont forcément une influence et un impact sur son travail, que ce soit pour le côté chaud et suave ou encore l'humour qui peut se dégager sur certains morceaux, il ne renie en aucun cas ses terres natales .
En tant que rappeur, Cities Aviv serait probablement, si l'on devait le caractériser, une sorte de personnage hybride à mi-chemin entre un RZA version Tennessee et un Guru dans sa manière de poser sur certains morceaux (écoutez le titre "Coastin" sorti en juillet et ne figurant pas sur cet album, vous partagerez peut-être mon avis) . Pour les beats, il en est tout autre, piochant selon ses goûts, sans aucune restriction, tout en essayant de maintenir une cohésion globale, il est ahurissant par son inspiration et sa création autour de samples ma foi forts alléchants, travaillés dans l'optique de garder la force qui s'en dégage sans omettre l'efficacité du rendu . On retrouve donc du Steely Dan sur "FuckEverybodyHere", du Gil Scott-Heron sur "Black Box" ou encore les Alessi Brothers sur "Meet Me On Montrose" . L'homme est habile au micro, versatile dans ses choix et orientations . Il traite tous les sujets qui lui tiennent à cœur, entre ses histoires, ses origines et son évolution . Il en place une pour ses haters qu'il étiquette "Voyeurs" sur la track du même nom, il n'oublierait pas le clin d'oeil à la Three 6 Mafia, groupe emblématique de Memphis, sur "Sixsixsix", enfin on peut apercevoir des petites phases Screwed & Chopped ici et là, "Jaguar" en est un bel exemple .
Ce qui semble fort et touchant sur cet album est la capacité de Gavin Mays à entreprendre une visée musicale via un self-thinking . Le mélange des genres, et surtout cette facilité presque déconcertante qu'il a de traiter divers thèmes sans trop s'éloigner de la ligne directrice fixée auparavant ne peuvent que le pousser dans la bonne direction . Cities Aviv ressent bien la musique, il analyse les différents milieux et en ressort plus fort, il puise son inspiration sans imaginer une quelconque limite dans ses choix artistiques, ce qui fera le plus grand bonheur des amateurs de chillwave, car c'est bel et bien sur une instru de la cover de Modest House par Blackbird Blackbird qu'il pose pour mettre un terme à cette belle aventure, dans un univers qui vous attrape et que vous ne voudriez plus quitter .
Cities Aviv - Digital Lows (free download here)
NB : Je partage un lien car cet album est en libre téléchargement sur le bandcamp de l'artiste, autrement je laisserai toujours la démarche à chacun de se lancer dans ses propres recherches .
9.20.2011
Africa Hitech - 93 Million Miles
Africa Hitech, duo méconnu qui pourtant cache derrière son nom deux pointures . L'une est issue du milieu électronique australien et opère sous le nom de Mark Pritchard, qui a pondu avec Tom Middleton le meilleur album d'Ambiant durant les 90's selon le quotidien The Guardian (Global Communication - 9:25) . L'autre est la résultante d'un savant-mélange néo-soul/RnB aux penchants Hip-Hop/breakbeat, martelant d'une voix de velours (oui c'est possible!) en 2005 "Let the dollar circulate" sur une belle prod. de J Dilla (au passage excellent titre sur lequel je l'ai découvert), j'ai nommé Steve Spacek, artiste qui s'est immiscé dans le milieu électronique via son groupe Spacek (comprenant Steve lui-même, Ed et Morgan) dès la fin des années 90, et que je recommande à tous ceux qui aimeraient retourner aux bases d'une musique UK encore peu exploitée et donc plus intègre (Spacek - Inside) .
J'aurais aimé savoir comment le duo s'est formé, je penche pour une rencontre en Australie, où l'un réside et où l'autre a posé ses valises un temps, mais je ne saurais en être sûre . Néanmoins, certitude il y a sur un point, cet album est sorti printemps 2011 sur Warp, label britannique qui n'en est plus à faire ses preuves dans le domaine de la musique électronique . Mais s'il vous plaît, revenons-en aux faits, car oui je m'égare facilement .
Un artwork finement élaboré, une intro des plus percutantes, c'est le bon mot il me semble, pour "93 Million Miles" qui annonce déjà les couleurs qui seront répandues tout au long de l'album . Les influences majeures demeurent en la UK Funky, la Minimale, la Grime ou encore le Dubstep outre mesure . On commence les hostilités avec une patate futuriste, "Do U Wanna Fight" dégageant une puissance monumentale tant par le beat et les nappes sonores que par les grosses voix auto-tunées en surface . Ici et là on récupère un sample notable, le magistral "Out In The Streets", on ébauche un bel hymne au Footwork sur "Footstep" avec des relents hypnotiques (style musical et danse originaires de Chicago, que les anglais ont su s'approprier), on se laisse surprendre par la rythmique entêtante de "Our Love" qui nous tient en up-tempo durant plus de 8 minutes, on savoure un sample de Sun Ra magnifiquement travaillé sur "Cyclic Sun", et enfin vient le temps de clore cet instant magique empli de beats bien lourds, de sonorités massives, et d'envols incontrôlés via un "Don't Fight It" de toute beautée, on s'en délecte et on apprécie le clin d'œil Chillwave, malheureusement la fin de cet instantané de bonheur viendra également marquer la fin de la boucle (qui est donc bouclée, mais un replay n'est pas interdit eheh) .
Il est toujours dur de poser des noms pour caractériser ces nouvelles tendances musicales, les débats ont fusé tout au long de l'année sans rien en retirer de constructif.. Il faudra donc admettre que depuis 2010 une vague de génies créateurs a éclos (Nicolas Jaar, James Blake en première ligne même si la comparaison n'a pas lieu d'être d'un pur point de vue musical), ayant décidé de prendre la musique sous un autre angle, de la modeler comme ils en avaient envie, mixture inaudible et déroutante pour certains, composition éclectique et voluptueuse pour d'autres . Quoiqu'on en dise, cet album tout ce qu'il y a de plus "Heavy" garde une sincérité et une osmose dans la diversité, que beaucoup d'autres artistes n'arrivent pas à maintenir lorsqu'il s'agit de fracasser les boomers . Si tes oreilles sont prêtes et que tu as envie de crier des gros "Brahhhh" en savourant une musique fine et "classieuse", cet album est pour toi .
Inscription à :
Articles (Atom)







